SB-291-LT-18122018- Numérique – les politiques manquent de courage et de réflexion

OPINION. Les partis suisses s’appuient toujours plus sur les réseaux sociaux pour toucher leurs électeurs, sans réfléchir aux effets du numérique sur les valeurs politiques qu’ils défendent fondamentalement. Cela pourrait leur jouer des tours, écrivent l’ancien conseiller aux Etats PLR Felix Gutzwiller et le directeur de Politconsulting Andreas Müller

Les partis construisent leurs programmes politiques sur les valeurs fondamentales qui leur sont chères. C’est sur cette base qu’ils définissent leur positionnement politique et les présentent au public. Ainsi, les termes «liberté et responsabilité» appartiennent traditionnellement à des partis libéraux, tel le PLR. Le PS préfère parler de «liberté, justice et solidarité», tandis que le PDC prône actuellement «liberté et solidarité». Mais personne ne se pose la question de savoir ce que signifient ces termes à l’ère du numérique.

La «datafication», l’automatisation, la mise en réseau et l’interaction entre l’homme et la machine modifient les fondements de la société et posent ainsi de nouveaux défis éthiques. Dans ce contexte, des termes tels que «liberté» et «autodétermination» doivent être redéfinis. Des valeurs collectives telles que la solidarité et la justice sont également remises en question, en premier lieu dans les domaines de la santé et de la prévoyance vieillesse, où le «voile d’ignorance», pilier élémentaire du système d’assurance actuel, menace d’être banni. En outre, une institution contrôlée par une intelligence artificielle (IA) peut-elle encore porter une responsabilité et être poursuivie si elle s’y soustrait? Qui ou qu’est-ce qui sera réellement «responsable» à l’avenir?

Les notions de liberté et d’autodétermination sont étroitement liées. Toutefois, à l’ère du numérique la question se pose de savoir si ces notions sont encore d’actualité. Il est toujours possible de penser que l’on décide librement, mais ce n’est qu’en partie vrai. Dans le passé non plus l’autodétermination n’a jamais été totale: l’information a toujours contenu sa part de demi-vérités, voulues ou non. La nouveauté tient dans les effets à grande échelle des nouvelles technologies. Le numérique redéfinit aussi les limites de la vie privée: dès que nous surfons sur internet ou utilisons un smartphone, nous sommes «observés». Jusqu’à présent, les libéraux ont considéré que les monopoles et les oligopoles posaient problème dès lors qu’ils touchaient à la liberté (de choix) des citoyens. En réalité, il y a longtemps que cette liberté s’arrête à Apple et Google.

Comment préserver la liberté individuelle et la vie privée, promouvoir la responsabilité et la confiance et garantir la justice et la solidarité?

La question est maintenant de savoir comment les individus peuvent préserver et défendre cette liberté, sans que cette dernière soit entravée de manière inconsidérée par ces nouvelles conditions. Assumer une responsabilité revient à accepter les conséquences d’une évolution. Or, qui est responsable des conséquences de la transformation numérique dans les différents domaines de la vie? Qu’en est-il des données recueillies? Revient-il aux organisations qui les collectent, les traitent et les transmettent d’assumer une responsabilité primaire et de garantir un traitement sécurisé? Il convient de rééquilibrer les responsabilités, car l’individu n’a la possibilité de gérer ses données de manière souveraine que si tous les acteurs – y compris la finance et le politique – assument leur part de responsabilité.

Redéfinir la «solidarité» et la «justice»

Il est clair que solidarité et réciprocité vont de pair. Toutefois, le principe de solidarité risque d’être mis à mal dans la société numérique: comment maintenir la solidarité si les intérêts individuels ne peuvent plus être écartés ou dissimulés en raison de l’accessibilité croissante aux données personnelles? S’il était possible de ne pas assurer une personne présentant un risque élevé de cancer, par exemple, que se passerait-il? Ou si l’on refusait à un individu ayant fauté dans le passé le droit à une seconde chance parce que toute sa vie est documentée et publique? En d’autres termes, prêcher la solidarité sans pouvoir la définir précisément dans la société numérique ne suffira plus à l’avenir.

La collecte et la transmission de grandes quantités de données touchent également à des questions fondamentales de justice. Le risque de discrimination a toujours existé à l’encontre d’individus ou de groupes entiers (les jeunes conducteurs, par exemple, paient une prime d’assurance plus élevée, même s’ils conduisent prudemment), mais la numérisation entraîne de nouvelles dérives. Dans le système pénal étatique, la sanction collective appartient depuis longtemps au passé. Ce n’est pas le cas sur la Toile. Dans le cadre des discussions politiques concernant l’avenir de notre société, ce sont précisément ces questions cruciales que les citoyens doivent poser: comment préserver la liberté individuelle et la vie privée, promouvoir la responsabilité et la confiance et garantir la justice et la solidarité?

Les partis doivent se réveiller

Les citoyens s’attendent à ce que les débats politiques débouchent sur des éléments de réponse. Les enquêtes révèlent que la population craint une perte d’individualité et d’autodétermination dans un monde où tout est mesuré et dans lequel la responsabilité individuelle et la solidarité sont menacées. Les partis défendant la pensée libérale peuvent tirer leur épingle du jeu en se positionnant clairement sur ces questions et être ainsi en phase avec leur temps. Le moment est venu d’avoir à nouveau des pionniers politiques.


Cet article est le résumé d’un article apparu dans Schweizermonat, No 1061, novembre 2018.


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About Raymond Morel (1997 Articles)
Raymond Morel is a member of the Board of Directors at SI and is President of Social-IN3, a cooperative of a researchers’ convinced of the need to address new challenges of today's Information Age, which is slowly and surely modify the entire society.

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