LT-27032019- 5G et santé – dix points pour comprendre

LT-27032019- 5G et santé – dix points pour comprendre

La fronde contre cette nouvelle technologie de téléphonie mobile prend de l’ampleur en Suisse. Pourtant, les fréquences utilisées sont très proches de celles pour la 3G et la 4G. Voici, en dix points, l’essentiel de la question

Plus de 42 000 signatures à une pétition en ligne contre la 5G en Suisse. Des groupes très actifs sur Facebook. Une demande de moratoire exigée par les Verts vaudois et le PDC genevois. Des conférences en Suisse romande sur ce thème. Une alerte lancée, au niveau international, par 170 scientifiques. La liste est longue et sans doute loin d’être exhaustive. La 5G fait peur et suscite une mobilisation contre elle inédite.

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Jamais une évolution technologique n’a été autant décriée. Et pourtant, la 5G est encore loin d’être une réalité en Suisse. Certes, les trois opérateurs ont obtenu leurs fréquences début février. Certes, Sunrise se vante de lancer cette technologie en mars. Mais l’opérateur ne couvrira ces prochains jours que 150 villages. La 5G n’en est qu’à ses débuts, mais elle suscite les pires craintes pour la santé. Voici, en dix points, de quoi y voir plus clair à l’aide de l’expertise de médecins, de spécialistes télécoms et de Swisscom.

Qu’est-ce que la 5G?

Cette nouvelle technologie en téléphonie mobile doit permettre d’accéder dix à cent fois plus vite à internet. Mais aussi de diminuer le temps de latence, favorisant l’émergence des voitures autonomes ou de la télémédecine. Alors que la 4G a été introduite entre fin 2012 et 2013, la 5G doit être lancée entre 2019 et 2020 par les trois opérateurs.

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Faudra-t-il de nouvelles antennes?

Oui. Il y en a aujourd’hui environ 18 500 en Suisse. Swisscom estime qu’il lui en faudra beaucoup plus que les environ 6500 installations actuelles. L’Association suisse des télécommunications (ASUT) estime un total d’environ 15 000 antennes supplémentaires pour les trois opérateurs. Pourquoi une telle inflation? «Dans les villes, nous sommes actuellement déjà à 90% de nos capacités en émission, contre 70% à la campagne. Si la limite préventive pour les antennes de téléphonie mobile en vigueur en Suisse n’est pas adaptée, nous devrons augmenter le nombre d’antennes. Il n’y a pas de choix», affirme Hugo Lehmann, spécialiste du réseau mobile chez l’opérateur. La loi, en l’occurrence, c’est l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI), un document de 24 pages fixant les seuils limites pour la puissance des antennes. Comme celles-ci arrivent à saturation, il faudra en ériger de nouvelles.

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Cela signifie-t-il que la population sera exposée à un rayonnement plus intense?

Pas forcément. «Des mesures similaires, avec des dosimètres, avaient été effectuées en 2009 et en 2016. Et malgré l’essor de la 3G, malgré le lancement de la 4G, la mesure sur le terrain du nombre de volts par mètre n’avait augmenté que dans une proportion extrêmement faible. Ce sera aussi le cas avec la 5G, il n’y aura pas d’augmentation exponentielle du rayonnement», explique Philippe Horisberger, directeur suppléant de l’Office fédéral de la communication. Le spécialiste ajoute: «Certaines gammes de fréquence de la 5G, notamment les 3,5 GHz, permettront d’utiliser des antennes dynamiques: elles n’arrosent pas les alentours mais ciblent l’utilisateur, un peu comme une lampe de poche: cela permet de diminuer nettement le rayonnement.»

On dit que l’ORNI fixe des limites nettement plus basses que celles qui sont imposées dans l’Union européenne. Est-ce juste?

Oui et non. «C’est plus compliqué que cela, affirme Stefan Dongus, spécialiste santé à l’Institut tropical et de santé publique suisse de Bâle. Il faut distinguer les limites d’exposition de celles d’émission des antennes. Pour ces dernières, les limites sont dix fois plus strictes que dans d’autres pays [et aussi par rapport à ce que préconise l’OMS, ndlr]. Ces limites sont de 4 à 6 volts par mètre (V/m) dans un rayon proche de lieux où des humains se trouvent de manière prolongée (tels que des habitations, crèches ou hôpitaux).»

Concernant les valeurs d’exposition aux stations de téléphonie mobile dans les lieux de passage – soit ce à quoi sont directement exposés les humains – les limites en Suisse sont de 28 à 61 V/m, affirme Stefan Dongus, en fonction des fréquences utilisées. Et pour ces valeurs, les limites suisses sont les mêmes qu’à l’étranger. Les atteint-on? «En aucun cas, affirme Philippe Horisberger. En général, on mesure rarement des valeurs de l’ordre de 1,5 V/m en Suisse. La limite maximale n’est jamais atteinte, car elle est déterminée pour la puissance maximum d’une antenne, qui en fait n’est que rarement requise.»

Gregor Dürrenberger, directeur de la Fondation pour la recherche sur l’électricité et la communication mobile (FSM), financée par deux opérateurs et Swissgrid (mais qui s’annonce indépendante grâce à des garde-fous), partage cet avis: «Les valeurs mesurées dans toute l’Europe sont du même ordre de grandeur qu’en Suisse, soit 0,2 V/m. Cette valeur n’a pas beaucoup changé ces dernières années, malgré le fait que le nombre d’antennes et le trafic de données ont augmenté.»

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Alors comment expliquer cette différence entre 1,5 V/m mesuré et cette limite de 28 à 61 V/m?

Cela tient beaucoup au comportement individuel, affirment les experts. Cette mesure de 1,5 V/m est effectuée lorsqu’une personne n’est soumise qu’aux ondes d’une antenne, et pas simultanément aux ondes émises par des appareils électroniques se trouvant à proximité. «On estime que 90% de l’exposition personnelle aux champs électromagnétiques est attribuable aux appareils de l’utilisateur final, et non à l’infrastructure. Si quelqu’un s’inquiète de son exposition, la mesure de loin la plus efficace est de réduire la dose provenant des téléphones mobiles, des ordinateurs portables avec wi-fi, des téléphones sans fil, etc.», explique Gregor Dürrenberger.

Cet avis est partagé par Stefan Dongus: «Un plus grand nombre de stations de base n’implique pas nécessairement une plus grande exposition personnelle. En moyenne, en Suisse, environ 90% de l’exposition d’un individu aux rayons non ionisants est causée par ses propres appareils mobiles, et seulement 10% environ par des sources plus éloignées comme les stations de base de téléphonie mobile. Lorsqu’un téléphone mobile dispose d’une bonne connexion réseau (par exemple à proximité d’une station de base), il rayonne jusqu’à 100 000 fois moins qu’un téléphone mobile dont la connexion réseau est faible (par exemple dans une cave à 2-3 km d’une station de base).» Du coup, affirme Stefan Dongus, «un réseau plus dense de stations de base dans les zones à forte utilisation de téléphones mobiles peut même contribuer à réduire l’exposition totale d’une personne au rayonnement».

Mais la 5G ne va-t-elle pas créer de nouvelles ondes?

Pas encore. «En Suisse, les fréquences utilisées jusqu’à présent se situent entre 800 et 2600 MHz (soit 2,6 GHz), poursuit Stefan Dongus. Les fréquences attribuées lors des enchères pour la 5G se trouvent entre 700 et 3600 MHz (3,6 GHz), donc la situation va pour l’heure être très similaire à auparavant.» Mais cela va sans doute changer à l’avenir. «Au niveau international, on considère que la 5G sera utilisée dans des gammes de fréquences allant de 24 à 86 GHz, soit des ondes dites millimétriques, poursuit le spécialiste. D’un point de vue scientifique, concernant ces ondes et en comparaison avec la 3G et la 4G, on connaît pour l’heure peu de choses sur l’exposition de l’humain à ces ondes et les effets potentiels sur la santé. Peu d’études scientifiques ont été menées jusqu’à présent. Cependant, on sait que les radiations émises par les ondes millimétriques pénètrent moins profondément dans l’organisme que les fréquences utilisées jusqu’à présent pour la 3G et la 4G, et que cette énergie est donc absorbée par un volume inférieur de tissus.»

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Les opérateurs veulent augmenter les valeurs limites de l’ORNI. Que va-t-il se passer?

Swisscom, Sunrise et Salt veulent construire le moins possible de nouvelles antennes – dont le coût unitaire avoisine les 300 000 francs. «Nous aimerions que les valeurs limites soient relevées à 20 V/m, avance Hugo Lehmann. En se basant sur l’évidence scientifique actuellement disponible, aucune incidence négative sur la santé publique est connue en dessous des limites d’exposition de 61 V/m. 20 V/m respecte toujours le principe de précaution et est toujours trois fois plus bas que la limite internationale, c’est donc une demande tout à fait raisonnable.» Plusieurs groupes de travail, mandatés notamment par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), travaillent sur ce sujet – ils doivent remettre un rapport cet été. Ces groupes doivent aussi évaluer la dangerosité de la 5G, c’est pourquoi les Verts vaudois appellent, d’ici à la remise de ce rapport, à un moratoire sur la 5G.

Faut-il augmenter les valeurs limites?

Les avis divergent. «Je partage le point de vue du groupe consultatif d’experts en matière de rayonnement non ionisant (Berenis) créé par l’OFEV, affirme Stefan Dongus. Le principe de précaution qui est aujourd’hui en vigueur en Suisse est raisonnable et il doit être maintenu.»

Cet avis est partagé par la Fédération des médecins suisses (FMH): «Pour nous, ce qui importe est le principe de précaution, qui seul permettra de minimiser les risques liés à la nouvelle technologie. Des groupes d’experts doivent rendre leurs différents rapports au cours des prochains mois. Il nous est donc évident que ce n’est qu’ensuite que la décision doit être prise, en pleine connaissance de ces avis, affirme le docteur Michel Matter, vice-président de la FMH.» Il poursuit: «Si nous comprenons les attentes d’une partie des citoyens, avides de pouvoir utiliser leurs différents appareils de façon plus rapide, il nous semble que la sérénité et la sagesse devraient être la règle devant ce qui apparaît comme une incertitude en termes de santé et de protection des citoyens à ce jour. C’est là où le principe de précaution nous paraît incontournable malgré la pression colossale de l’industrie devant un tel marché.»

Gregor Dürrenberger est d’un autre avis: «La régulation actuelle – l’ORNI ainsi que les protocoles de mesure – ont été définis pour des antennes statiques. Le matériel 5G à venir dirige dynamiquement les faisceaux vers les utilisateurs. La réglementation doit tenir compte de ces caractéristiques techniques des antennes modernes. Sinon, l’infrastructure 5G sera difficile à installer.»

L’OMS a classé les champs électromagnétiques produits par les téléphones portables dans la catégorie des cancérogènes possibles pour l’homme. Qu’en penser?

Andreas Hottinger, responsable de la consultation spécialisée des tumeurs du système nerveux au service d’oncologie médicale au CHUV, se veut rassurant. «La catégorie dans laquelle l’OMS a classé les champs électromagnétiques correspond à une catégorie dans laquelle le risque cancérogène est globalement faible mais n’est ni démontré, ni complètement exclu. Cette catégorie comprend de nombreuses autres substances, y compris par exemple les cornichons ou l’aloe vera… Il faut donc relativiser ce classement. On sait que les ondes agissent sur notre organisme, mais il n’a jamais été prouvé qu’elles augmentent le nombre de cancers, par exemple.»

Le médecin, qui a parcouru plusieurs études publiées ces dernières années sur les liens entre les ondes et les maladies, n’a pas trouvé de lien formel. «Des rats et souris, qui avaient été exposés à des doses importantes d’ondes, n’ont pas montré d’augmentation de cancers, mais avaient, au final, vécu plus longtemps que d’autres qui en avaient été préservés… Concernant les études sur l’homme, il a été et sera toujours difficile, voire impossible de mener des études sur des sujets non soumis à des ondes. Alors même que ces dernières années, poursuit Andreas Hottinger, l’utilisation du téléphone mobile a explosé, on n’a pas vu d’augmentation massive des cas de cancers. De manière générale, si le nombre de cancers augmente, c’est surtout parce que les humains vivent plus longtemps. L’âge est un risque bien connu.»

Mais il a été prouvé que téléphoner longtemps chauffe la partie du cerveau proche de l’appareil…

«Certes, affirme Andreas Hottinger. Cela a été prouvé, mais cela n’a pas encore suffi à démontrer que cela représentait un effet nocif sur la santé. N’oubliez pas que l’on parle ici du téléphone, que l’on recommande d’éloigner de la tête via un kit mains libres. On ne parle pas d’ondes générées par les antennes, mais bien par le téléphone.» On en revient ainsi à ce qui était énoncé plus haut: c’est avant tout l’usage des appareils électroniques qui compte. Et beaucoup moins les antennes de téléphonie mobile. Le risque le plus important et le plus direct pour la santé de la téléphonie mobile reste l’inattention que le téléphone mobile peut générer, surtout sur la route et pour les piétons.

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Qu’est-ce qu’une onde? On a tous en tête l’image d’une vague qui se déplace à la surface de l’eau, mais dans le cas des ondes de la 5G, les choses se corsent. «On peut les définir comme une variation particulière d’un champ électromagnétique», pose le physicien Pierre Zweiacker, auteur du livre Vivre dans les champs électromagnétiques. Ce sont en quelque sorte des déformations du champ, qui se propagent en ligne droite, même dans le vide, où leur vitesse est alors égale à la vitesse de la lumière, soit environ 300 000 km/s.

Les ondes sont généralement représentées par une courbe formant une succession de pics et de creux, appelée sinusoïde. La hauteur des crêtes, sur l’axe vertical, renseigne sur l’amplitude de l’onde tandis que l’axe temporel horizontal indique sa périodicité. Plus l’onde «se répète» identique à elle-même par unité de temps, plus sa fréquence, exprimée en hertz, est élevée. 100 hertz (Hz) correspondent par exemple à 100 répétitions par seconde.

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Raymond Morel is a member of the Board of Directors at SI and is President of Social-IN3, a cooperative of a researchers’ convinced of the need to address new challenges of today's Information Age, which is slowly and surely modify the entire society.

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