Le Monde-14032018-L’intelligence artificielle, « la pire ou meilleure chose arrivée à l’humanité », estimait Hawking

Le Monde-14032018-L’intelligence artificielle, « la pire ou meilleure chose arrivée à l’humanité », estimait Hawking

L’astrophysicien a multiplié les prises de parole sur l’intelligence artificielle, qu’il considérait comme un danger, mais aussi une source d’opportunités.

Par Morgane Tual Publié le 14 mars 2018 à 14h17 – Mis à jour le 14 mars 2018 à 20h23

Temps de Lecture 2 min.

Stephen Hawking est mort mercredi 14 mars.
Stephen Hawking est mort mercredi 14 mars. AP/Kirsty Wigglesworth

L’intelligence artificielle n’était pas la spécialité de Stephen Hawking, plutôt célèbre pour ses travaux sur les trous noirs et les secrets de l’univers. Mais ces dernières années, la voix de cet éminent astrophysicien britannique, mort mercredi 14 mars, était devenue l’une des plus puissantes pour alerter l’opinion publique sur les implications des technologies d’intelligence artificielle (IA).

Lire aussi : la nécrologie de Stephen Hawking

« Je pense que le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité », avait-il déclaré en décembre 2014 dans un entretien à la BBC. « Une fois que les hommes auraient développé l’intelligence artificielle, celle-ci décollerait seule, et se redéfinirait de plus en plus vite, avait-il déclaré. Les humains, limités par une lente évolution biologique, ne pourraient pas rivaliser et seraient dépassés. »

Ces propos avaient connu un fort écho, alors que les technologies d’intelligence artificielle connaissent, depuis le début des années 2010, d’importants progrès – notamment grâce aux avancées du deep learning, liées à la puissance de calcul et les masses de données désormais accessibles.

Lire nos explications : Comment le « deep learning » révolutionne l’intelligence artificielle

« Course à l’armement »

Quelques mois plus tard, Stephen Hawking avait été, aux côtés du patron de Tesla, Elon Musk, l’un des plus prestigieux signataires d’une lettre ouverte réclamant l’interdiction des « robots tueurs ». Plus d’un millier de personnalités, dont une majorité de chercheurs en IA et en robotique, avaient exprimé leur crainte d’une « course à l’armement doté d’IA », évoquant des technologies capables « de sélectionner et de combattre des cibles sans intervention humaine ». Les auteurs de cette lettre redoutaient également que ces technologies ne tombent entre les mains de terroristes, de dictateurs et de seigneurs de guerre.

Plus récemment, lors du Web Summit de Lisbonne en novembre, l’astrophysicien, également conseiller de l’institut Future of Life chargé d’étudier les risques de l’IA, avait appelé à l’adoption urgente de « règles » pour encadrer les recherches sur l’intelligence artificielle. « Nous devons être conscients des dangers, les identifier, et employer les meilleures pratiques et cadres pour nous préparer à ses conséquences bien en avance, avait-il déclaré lors d’une conférence. La montée de l’IA pourrait être la pire ou la meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’humanité. »

« Eradiquer enfin la maladie et la pauvreté »

Car si les craintes de Stephen Hawking sur l’IA ont souvent été mises en avant, régulièrement associées aux déclarations alarmistes d’Elon Musk, le chercheur britannique avait un avis nuancé sur ces technologies, qu’il jugeait également porteuses d’espoir.

En octobre 2016, il avait déclaré, à l’occasion de l’ouverture d’un centre de recherche sur la place de l’IA dans la société à l’université de Cambridge, que les bénéfices potentiels de l’IA étaient « énormes ».

« Nous ne pouvons pas prédire ce que nous pourrions réussir quand nos esprits seront amplifiés par l’IA. Peut-être qu’avec les outils de cette nouvelle révolution technologique, nous serons capables de défaire certains dégâts sur la nature de la précédente – l’industrialisation. Et nous pouvons espérer éradiquer enfin la maladie et la pauvreté. »

« L’IA pourrait être le plus important événement de l’histoire de notre civilisation », avait-il ajouté. L’astrophysicien avait alors salué la création de ce centre de recherche, avec son célèbre sens de l’humour : « Nous passons beaucoup de temps à étudier l’histoire, à savoir, admettons-le, principalement l’histoire de la stupidité. C’est un changement bienvenu que des personnes étudient à la place le futur de l’intelligence. »

Lire aussi : la nécrologie de Stephen Hawking

Le physicien Stephen Hawking, auteur d’« Une brève histoire du temps », est mort à 76 ans

Le Britannique, spécialiste des trous noirs, bien connu du grand public était paralysé par une maladie dégénérative depuis les années 1960.

Par Pierre Barthélémy et Pierre Le Hir Publié le 14 mars 2018 à 05h26 – Mis à jour le 14 mars 2018 à 12h57

Temps de Lecture 8 min.

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Le physicien et cosmologiste britannique Stephen Hawking, le plus célèbre scientifique contemporain, est mort à 76 ans.
Le physicien et cosmologiste britannique Stephen Hawking, le plus célèbre scientifique contemporain, est mort à 76 ans. JOEL SAGET / AFP

Il a quitté le fauteuil roulant où était cloué son corps souffreteux pour rejoindre, peut-être, une dimension de l’espace-temps où son esprit vagabondait avec une absolue liberté. Le physicien et cosmologiste britannique Stephen Hawking, le plus célèbre scientifique contemporain, est mort à 76 ans, a annoncé sa famille mercredi 14 mars.

« Nous sommes profondément attristés par la mort, aujourd’hui, de notre père adoré. (…) C’était un grand scientifique et un homme extraordinaire, dont le travail vivra encore de nombreuses années », ont écrit ses enfants Lucy, Robert et Tim dans ce texte publié par l’agence britannique Press Association.

Stephen Hawking était un paradoxe. Son nom est mondialement connu du grand public, alors même que ses incursions dans les méandres de la cosmologie, entre Big Bang, trous noirs et singularités astrophysiques, qui ont donné lieu à plus de cent trente articles de recherche, ne pouvaient être suivies que par une poignée de théoriciens de haut vol. Cette renommée, il la doit d’abord à un best-seller planétaire, Une brève histoire du temps (J’ai lu), paru en 1988 et vendu à plusieurs millions d’exemplaires.

Une icône

Il la doit aussi au contraste, qui pouvait provoquer le malaise autant que la fascination, entre une terrible infirmité physique, qui l’avait réduit à ne plus pouvoir s’exprimer qu’à l’aide d’un unique doigt valide – puis d’une contraction de la joue – actionnant un synthétiseur vocal, et une exceptionnelle puissance intellectuelle, doublée d’un robuste sens de l’humour. Cette dualité, portée chez lui à son paroxysme, en a fait une icône. Le symbole de la victoire de la pensée sur la chair, à l’image de l’éclat d’un visage d’éternel étudiant que n’arrivait pas à flétrir le rictus de lèvres muettes.

Né le 8 janvier 1942 à Oxford, le jeune Stephen Hawking ne montre guère de prédispositions pour l’école, avant tout par paresse, exerçant plus volontiers son imagination à inventer des jeux de société aux règles toujours plus subtiles, comme pour éprouver le plaisir de maîtriser les lois d’un monde virtuel. Avec ses camarades, il confectionne des feux d’artifice dans la serre de son père et participe à la fabrication d’un proto-ordinateur. Autant d’indices d’un intérêt pour les sciences physiques, qu’il étudie à partir de 1959 à l’université d’Oxford.

Il y révèle une intelligence, mais aussi une curiosité et une ténacité hors du commun. « Nous prenions ensemble des cours individuels chaque semaine et, à un moment, il devint très clair que nous ne pourrions le suivre, relatait, en 2003, l’un de ses condisciples, Gordon Berry, professeur émérite de physique atomique à l’université de Notre-Dame (Indiana). A la fin des trois années que nous avons passées ensemble, nous étions tous d’accord pour dire qu’il était la personne la plus brillante que nous ayons jamais connue. Un jour, nous nous sommes aperçus à quel point nous étions ignorants en matière d’art. Une à deux semaines plus tard, il était devenu un expert. Sa chambre était remplie de livres empruntés à la bibliothèque. »

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About Raymond Morel (2005 Articles)
Raymond Morel is a member of the Board of Directors at SI and is President of Social-IN3, a cooperative of a researchers’ convinced of the need to address new challenges of today's Information Age, which is slowly and surely modify the entire society.

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