Comment le numérique transforme les lieux de savoir – Bruno Devauchelle

Le numérique au service du bien commun et de l'accès au savoir pour tous

 

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cet avis est issu de références bibliographique de la revue internationale d’éducation – Sèvres

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Multimédiatiser l’école ?

La formation et l’enseignement à l’heure numérique

Pratiques et questions à propos de l’introduction

des nouvelles technologies

de l’information et de la communication

dans l’éducation et la formation              Bruno Devauchelle

Introduction

Au moment où l’Etat a largement décidé d’engager l’école sur le chemin d’Internet et du multimédia, n’est il pas essentiel de réfléchir ? Les mémoires, encore marquées par les discours du plan informatique pour tous des années 80, se trouvent à nouveau bercées par le champ des sirènes technologiques. Mais cette fois-ci d’aucuns nous assurent que les choses ont bien changé et que nous allons enfin vivre une vraie révolution. Il semble bien que l’ensemble de notre société se trouve questionnée par cette irruption de technologies « nouvelles », dites multimédia, dont Internet est le fer de lance. Les initiales TICE sont entrées dans les textes officiels, nous entrerions donc dans l’ère où les technologie de l’information et de la communication seraient désormains incontournables dans l’enseignement et pour l’éducation.

Pour essayer de comprendre ce qui se passe, plusieurs questions se posent. Quels sont donc les enjeux de cette évolution, pour les élèves, pour l’école et pour la société ?  Comment comprendre et, peut-être, s’approprier cette culture ? Quel en est l’intérêt pour l’école ? Comment utiliser Internet ? Comment mettre en œuvre les technologies de l’information et de la communication dans le contexte scolaire ?

La mise en place des technologies informatiques dans le monde du travail n’a pas fini de modifier les conditions de travail de la majorité des salariés et de leurs employeurs. L’évolution rapide des travaux de recherche permet de mettre à disposition des professionnels, mais aussi du grand public, des outils nouveaux dont les conséquences sur les modes de vie peuvent être importants. Le fax, le téléphone portable, le multimédia ou Internet sont aujourd’hui au centre des discussions et débats tant sur les modes de vie que sur les conditions de travail.

L’institution scolaire, de par les interventions de ses responsables et les pratiques innovantes que l’on peut observer sur le terrain, semble être en train d’intégrer ces technologies, la réforme des lycées mise en place à la rentreée 1999 – 2000 en témoigne à l’intérieur même des programmes. Les témoignages recueillis aussi bien auprès des acteurs de terrain que des décideurs confirment cette tendance. Toutefois, les disparités dans les appréciations et la nature et l’ampleur des actions révèlent de nombreuses zones d’ombre. En effet, au delà des discours brillants, les pratiques quotidiennes semblent être beaucoup plus pragmatiques et prendre en compte des réalités que nombre de promoteurs de ces technologies avaient rapidement effacées. La mise en œuvre des technologies de l’information et de la communication dans le monde scolaire n’est pas aussi simple qu’il y paraît.

Louis Porcher écrivait en 1974 :” Les  réactions les plus fréquentes des enseignants à l’introduction des technologies audiovisuelles à l’école ont contribué à alimenter cette représentation de l’institution scolaire comme monument immobile et figé.” (Louis Porcher 1974 p.91). Reprenant en 1997 son travail effectué 24 années plus tôt il parle de : “l’extraordinaire complexification qui, depuis lors, a accompagné le monde médiatique.”. Il ajoute par ailleurs : “les enseignants, sur le terrain, seraient certainement les mieux placés pour défricher ce terrain là, mais ils ne disposent que de peu de moyens.” Enfin il propose cette place à l’école : “l’école a dans cette affaire, un rôle déterminant à jouer en convergence avec les familles et les médias eux mêmes.”(revue Education n°14 Décembre 1997).

L’urgence, vingt cinq années après les analyses sur le développement de l’audiovisuel, reste la même et les questionnements sont toujours présents. L’irruption de l’ordinateur dans le monde du travail avait eu des conséquences sur l’enseignement technique qui dès 1981 intégrait ces outils de façon massive. Le plan informatique pour tous de 1985 avait l’ambition de proposer une généralisation de l’informatique comme base culturelle intégrée à l’enseignement de base. Les errements qui ont suivi et le débat sur l’enseignement de l’option informatique ont amené les responsables à tirer un trait sur l’usage pédagogique de l’informatique. Avec l’émergence du multimédia sur CD ROM puis sur Internet, c’est la dimension pédagogique qui revient au premier plan car répondant à la question déjà posée à plusieurs reprises depuis plus de trente années : le nouveaux médias électroniques ne sont-ils pas à la base d’une culture nouvelle que l’école ne peut ignorer, sous peine d’être mise en difficulté.

Pour tenter de répondre à ces questionnements et surtout pour permettre à chacun, dans les établissements scolaires, d’avancer dans la réflexion sur le sujet, nous vous proposons de lire les pages qui suivent. Cet ouvrage, qui ne se veut pas exhaustif et dont l’aspect éphémère nécessitera une refonte régulière, essaie de mettre en évidence quelques réponses possibles aux nombreuses questions évoquées ci dessus. Il propose aussi bien des éléments de réflexion que des outils de travail pratique, voire des supports pour l’action ou l’autoformation. Les enseignants et leurs responsables pourront utiliser ce document pour avancer dans la réflexion et l’action en direction de leurs élèves. Ce travail s’inscrit dans une dynamique de réflexion qu’il me semble important de préciser avant d’aller plus loin.

A partir des nombreuses observations que nous avons pu faire, il nous semble que deux principes apparaissent comme une base pour rendre possible une véritable intégration des technologies dans un contexte pédagogique :

Prendre en compte la capacité de chaque individu à innover par rapport à sa pratique usuelle. C’est ce que nous appelons « l’écart d’innovation ».

Chaque enseignant, chaque responsable est soumis à de nombreuses contraintes dans son travail quotidien. Afin d’assurer une qualité la plus constante possible, chacun a développer des outils, des habitudes, des rituels qui ont permis d’asseoir  une qualité générale de l’enseignement. Cependant, l’innovation et le changement, en modifiant ces codes établis, provoquent de l’insécurité et de l’angoisse entraînant des comportement de résistance. L’observation et la pratique de l’enseignement montre que l’intégration de pratiques innovante doit prendre en compte cette angoisse et la capacité de chacun à la surmonter. C’est pourquoi il conviendra de prendre en compte cette résistance qui se traduit par une capacité à innover, variable suivant les individus, que nous pouvons mesure en terme d’écart possible par rapport aux habitudes.

L’engagement progressif vers un travail transdisciplinaire ou pluridisciplinaire qu’induisent la plupart des dispositifs complexes intégrant les technologies de l’information et de la communication

Les médias, nouveaux et anciens, en permettant une appréhension globale du monde obligent à aborder les questions dans leur complexité. Le découpage disciplinaire traditionnel perd de sa pertinence, en particulier si l’on veut engager une pédagogie de production de savoir par les élèves. C’est pourquoi, au regard des expériences menées par de nombreux enseignants, une approche pluridisciplinaire  semble être la plus à même d’intégrer les médias.

A ces deux remarques s’ajoutent deux idées forces concernant l’innovation dans les pratiques éducatives et pédagogiques. Ces deux axes de développement nous semblent être à la base d’une éducation qui intègre les nouvelles technologies de l’information et de la communication :

Le développement de l’autoformation

En permettant un accès libre à l’information, les nouveaux médias transfèrent à l’utilisateur la capacité de discerner, de comprendre, de vérifier ce qu’il perçoit. Pour permettre à des jeunes de devenir les adultes de demain, il est nécessaire de mettre en place des dispositifs de formation qui intègrent la capacité à s’autoformer. C’est à dire qu’il faut permettre au jeune d’être davantage acteur vis à vis des éléments qui l’entourent puisque la médiation traditionnelle des enseignants et des journalistes se trouve concurrencée par des médias qui proposent l’information directement.

Le développement du travail « collaboratif »

A partir du moment où l’on développe sa capacité à gérer sa propre dynamique d’apprentissage, à se mettre en autoformation, l’élève se trouve rapidement confronté à la complexité des éléments auxquels il est confronté. Pour y faire face, il devient désormais indispensable de travailler en “collaboration”, c’est à dire, au sens juridique du terme, la capacité à participer à l’élaboration d’ouvrages dans le cadre d’un dessein commun à un groupe, c’est-à-dire ayant une inspiration commune. A la différence de l’ouvrage collectif, qui suppose une initiative à laquelle on se rattache, l’ouvrage de collaboration suppose la prise en compte, par chacun, d’une volonté qui va être partagée par tous les autres. Etre en mesure de faire face à la complexité, dans une société dans laquelle les repères sont difficiles à trouver, implique une capacité à collaborer qui semble être encore éloignée des modèles actuels de l’éducation et d’une société fondées encore souvent sur la compétition individuelle.

Sans être totalement nouveaux dans les pratiques pédagogiques, ces deux axes et ces deux idées forces ont rarement été autant présente, du fait de l’irruption des nouvelles technologies de l’information et de la communication, non seulement dans le monde professionnel, mais aussi dans les foyers et maintenant à l’école.

Cet ouvrage se divise en trois parties :

La première partie propose une réflexion sur les questions liées au développement des technologies de l’information et de la communication dans la société et ses conséquences pour les jeunes

La deuxième partie tente de faire un état des lieux des pratiques pédagogiques et organisationnelles. A partir de ces constats, des exemples et des développements permettront à chacun de réfléchir et éventuellement de mettre en œuvre des actions.

La troisième partie propose quelques outils pour l’action. Ils permettront de mieux déployer un équipement dans un établissement, de développer des séquences d’apprentissages, des outils d’évaluation, des progressions pédagogiques pour la formation initiale comme la formation continue.

Pour télécharger ce livre en entier : http://www.ict-21.ch/com-ict/doc/IMG/Devauchelle-livrebd.doc

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About Raymond Morel (2239 Articles)
Raymond Morel is a member of the Board of Directors at SI and is President of Social-IN3, a cooperative of a researchers’ convinced of the need to address new challenges of today's Information Age, which is slowly and surely modify the entire society.

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